Depuis quelques années, notre pays semble avoir pris une bien dangereuse habitude : faire la promotion des insulteurs, pourvu qu’ils servent le bon camp.
Alors, ne réagissons pas sous le coup de l’émotion et ne cherchons pas à détourner l’attention. Nous devons avoir le courage de dénoncer tout ce qui est mauvais, d’où que cela vienne et quel que soit le camp concerné.
Partons du cas d’Héritier Watanabe, interpellé pour un fait considéré comme infractionnel par les magistrats. Embarqué dans une fourgonnette, nous avons assisté, impuissants, à son relâchement pour le moins surprenant, accompagné d’une vidéo devenue virale : « Mwana mokonzi akota boloko te ».
Parlons de Jules Moniere, présenté comme un véritable expert en insultes, qui s’en était pris à Jeanine Mabunda. Une partie de l’opinion n’avait pratiquement pas réagi, sous prétexte que Mme Mabunda était opposée au chef de l’État.
Que dire de M’zée Kindingu qui, dans certaines de ses vidéos, s’est présenté comme proche du pouvoir et a qualifié Martin Fayulu de « pédéraste » ? Là encore, peu de voix se sont élevées pour dénoncer ces propos.
Zacharie Bababaswe, lui aussi, s’est livré à des attaques particulièrement vulgaires contre une femme, allant jusqu’à évoquer publiquement des sujets aussi intimes que les pertes blanches. Certains ont même applaudi, simplement parce que l’intéressé serait proche de leur camp ou qu’ils appartiendraient au même univers musical.
Et que dire de Dinausaure et Disauchauy ? Ces deux figures n’ont épargné personne, particulièrement ceux qui se trouvaient dans l’opposition au régime. Pourtant, le silence est souvent resté assourdissant. Nous nous souvenons notamment des insultes proférées contre Madame la Première ministre par le fameux Dinausaure. Là encore, un silence de marbre.
Et la fameuse Da Nono ? Une autre adepte des invectives, qui semble toujours applaudir un camp tout en s’attaquant systématiquement à celui d’en face. Là encore, le silence demeure le fidèle compagnon.
Si nous remontons un peu plus loin dans un passé récent, Yves Kisombe avait lui aussi adopté ce comportement. La société lui avait rappelé à l’ordre et il avait été sanctionné. Peut-être ne retrouvera-t-il jamais l’hémicycle du Palais du peuple, parce que l’opinion publique garde encore de lui l’image d’un homme associé aux insultes.
Voilà le véritable danger : lorsque nous tolérons l’insulte parce qu’elle vise notre adversaire, nous contribuons nous-mêmes à détruire les limites de la décence publique.
Ne faisons pas de l’insulte une arme politique.
Ne défendons pas l’indéfendable simplement parce que l’auteur appartient à notre camp. Une insulte reste une insulte, qu’elle soit dirigée contre un proche ou contre un adversaire.
La société ne sera jamais meilleure si nous continuons à promouvoir ceux qui insultent, humilient et déshumanisent leurs concitoyens.
Combattons et sanctionnons les insulteurs, quelle que soit leur tendance politique, leur appartenance musicale, leur proximité avec le pouvoir ou leur position dans l’opposition.
La justice ne doit pas avoir de camp.
La dignité ne doit pas avoir de parti.
Et la condamnation de l’insulte ne doit jamais être sélective.













