Il faut parfois le dire sans détour : en République démocratique du Congo, certaines vérités dérangent, surtout quand elles viennent de la bouche de ceux qui ont vu de près les mécanismes de déstabilisation à l’œuvre dans l’Est du pays. La suspension du général-major Sylvain Ekenge, porte-parole des FARDC, à la suite de ses propos tenus sur la RTNC, pose une question plus profonde : celle du droit à la vérité stratégique dans un contexte de guerre hybride menée contre notre nation.
Loin d’être un simple théoricien de la défense, le général Ekenge a passé une grande partie de sa carrière à l’Est du pays, sur les lignes de front, dans les bastions de l’instabilité, là où les groupes armés font et défont la paix au rythme des agendas étrangers. Lorsqu’il parle de certaines pratiques sociopolitiques employées par des acteurs liés au Rwanda, ce n’est pas dans le but de stigmatiser une ethnie ou une communauté, mais d’alerter l’opinion publique et les décideurs sur des stratégies d’infiltration et de contrôle qui ont fait leurs preuves ailleurs dans la région.
Ce qu’il décrit à tort ou à raison selon l’interprétation politique relève d’un constat de terrain, et non d’un appel à la haine. Confondre une analyse stratégique, certes brutale mais lucide, avec un discours de haine ethnique, c’est tomber dans le piège même que ces méthodes veulent installer : faire taire ceux qui osent nommer les choses.
La RDC est une mosaïque de peuples. Les Tutsi congolais, les Banyamulenge, comme toutes les autres communautés, sont des citoyens à part entière et doivent être respectés. Ce n’est pas cela que le général Ekenge remet en question. Son propos ne vise pas à exclure, mais à interpeller sur des schémas géopolitiques qui instrumentalisent des identités pour servir des intérêts extérieurs, souvent au détriment de la souveraineté nationale.
En le suspendant, l’État a peut-être voulu calmer la tempête médiatique. Mais cette suspension ne doit pas occulter la valeur du signal d’alerte qu’il a voulu transmettre. Le patriotisme, c’est aussi dire ce que beaucoup pensent tout bas, surtout lorsque cela touche à la sécurité nationale.
Le général Ekenge est un soldat, un patriote, un homme de terrain. Son expérience, sa fidélité à la RDC, et sa connaissance des réalités de l’Est du pays méritent respect et considération. Il ne s’agit pas de l’absoudre de toute responsabilité, mais de ne pas sacrifier la vigilance sur l’autel du politiquement correct.
Dans ce moment critique où le pays lutte pour son intégrité territoriale, écoutons aussi ceux qui savent ce que cache le silence des collines et des frontières poreuses.
Leonard Sangwa













