Plaidoyer pour les 13 parlementaires  Moïse Moni Della écrit à Félix Tshisekedi 

Plaidoyer pour les 13 parlementaires  Moïse Moni Della écrit à Félix Tshisekedi 

Plaidoyer pour les 13 parlementaires  Moïse Moni Della écrit à Félix Tshisekedi

A Son Excellence Monsieur le Président,

Avec les hommages les plus déférents

Excellence Monsieur le Président et co-fondateur authentique de l’UDPS, je viens par la présente lettre ouverte plaider la cause des treize parlementaires.

Il y a plus de 40 ans, ces vaillants représentants du peuple, ces combattants de la liberté, de la démocratie, et des droits de l’homme avaient adressé une lettre ouverte au président Mobutu pour lui signifier, sans détour, sans ambages ni faux-fuyant la situation sociopolitique de notre pays, à l’époque le Zaïre.

Cette lettre ouverte était un véritable réquisitoire contre le régime de Mobutu, un plaidoyer pour le mieux-être du peuple. Et comme il fallait s’y attendre, la réaction du dictateur Mobutu était très violent contre ces dignes fils. Ils ont subi toutes sortes de traitements inhumains et dégradants : tortures, emprisonnements, bannissements, relégation, confiscation des biens …

Malgré tout, ils n’ont pas capitulé. Bien au contraire, ils sont passés à la vitesse supérieure en créant deux ans après un parti politique dénommé UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social). Quel courage ! Quel audace! Cela, alors que Mobutu avait juré, de son vivant, il n’y aura pas un deuxième parti politique, tout Zaïrois était membre du MPR-parti-Etat- dès sa conception. D’où le fameux slogan : “Olinga, olinga te, oza kaka na MPR”.

Pour Mobutu, les treize parlementaires avaient commis un crime de lèse majesté, en créant l’UDPS. Il ne jurait désormais que sur leur disparition physique et politique. Certains étaient empoisonnés, d’autres morts mystérieusement, d’autres encore ont survécu, mais croulent dans une vie moins honorable et peu enviable.

Dans ce combat pour l’instauration de la démocratie, ils ont été rejoints par d’autres fils dignes. Et ensemble, ils ont créé le collège de fondateurs, une véritable équipe nationale au sein de laquelle toutes les provinces étaient représentées.

Les statuts de l’UDPS de l’époque prévoyaient que la femme du fondateur décédé hérite la qualité de fondatrice. En dehors des fondateurs, il y a eu les cofondateurs, les pionniers qui sont venus à la première heure de la création du parti. Il y a eu aussi les fondateurs coptés. La plupart de ceux qui ont suivi les 13 parlementaires ont subi les mêmes sorts que ces derniers voire pire, étant donné qu’ils n’avaient pas à l’époque, le même rayonnement national et international, la même notoriété et respectabilité que les treize parlementaires.

Plusieurs parmi eux étaient arrêtés et exécutés dans l’anonymat total.

Certains sont encore vivants et croupissent dans une misère indescriptible.

Parmi ceux qui ont suivi les 13 parlementaires, il y a eu ceux qui étaient dans la diaspora. Ils ont apporté un grand soutien à la lutte et faisaient l’objet des menaces et tracasseries.

Excellence Monsieur le Président, maintenant que l’UDPS est au pouvoir, c’est le moment ou jamais de reconnaître publiquement et officiellement le combat des treize parlementaires et pourquoi pas des fondateurs et co-fondateurs authentiques de ce parti.

Les treize parlementaires méritent non seulement la reconnaissance mais aussi la gratification pour leur permettre de vivre décemment, jusqu’à leur dernier jour sur cette terre de leurs ancêtres.

Excellence Monsieur le président de la République et co-fondateur naturel de l’UDPS,

Les gens ont du mal à comprendre comment vous embrassez, collaborez, coptez, tolérez, gratifiez et honorez facilement ceux qui étaient hier les bourreaux des fondateurs, confodateurs, pionniers et combattants de l’UDPS et vous refusez d’accorder une attention à vos pères et frères de lutte.

Il y a certains dans votre entourage qui évoquent pêle-mêle le fameux accord de Gbadolite et autres arrangements avec les pouvoirs successifs pour discréditer les 13 parlementaires.

Pour ne pas remuer le couteau dans la plaie, je préférerai ne pas évoquer dans cette lettre ouverte cet accord qui fait couler beaucoup d’encre et de salive et le faire dans une autre circonstance. Devoir de mémoire oblige, pour rétablir la vérité historique des étapes de la lutte de l’UDPS.

Avec tous les respects que nous devons à nos pères fondateurs, il n’est pas souhaitable d’évoquer maintenant ce passé qui divise la grande famille UDPS. Ce qui nous unit est plus important que ce qui nous divise. Le mot “trahison” qui revient souvent dans la bouche des diviseurs communs de l’UDPS qui vous entourent pour écarter les treize parlementaires n’a pas de sens. Cela dénote souvent du manque d’informations fiables et quantifiables sur le parti.

La bible ne nous renseigne-t-elle pas que “mon peuple périt par manque des connaissances”?

Comment peut-on écarter du pouvoir actuel les 13 parlementaires, créateurs de l’UDPS, ceux qui ont construit la maison de leur sueur et de leur sang, au risque de leurs vies? Comment expliquer que ceux qui sont juste venus mettre la peinture dans la maison sont plus considérés que les premiers maçons et architectes ? Toutes les catégories sociales sont honorées, eu égard à leurs contributions à la République (musiciens, écrivains, sportifs…). Pourquoi pas les treize parlementaires à qui nous devons une partie de l’héritage démocratique de notre pays et artisans de votre pouvoir au sommet de l’État ?

Excellence Monsieur le Président, le fait d’honorer, de gratifier, de promouvoir, de considérer les bourreaux de l’UDPS estampillés Kabilistes et Mobutistes au détriment des 13 parlementaires, fondateurs, co-fondateurs, pionniers, combattants de l’UDPS est un très mauvais exemple politique, une mauvaise jurisprudence politique qui n’est autre qu’une prime aux nombreux crimes contre l’humanité que cette catégorie d’hommes politiques ont perpétré dans notre pays.

Le fait de mépriser les treize parlementaires est vu par d’aucuns comme un sacrilège, une autre trahison aux idéaux de l’UDPS qui frise même une ingratitude.

Le fait d’oublier ceux qui ont posé les jalons de la démocratie et de l’alternance dans notre pays au détriment de ceux qui ne voulaient pas du tout le changement, va à coup sûr décourager la nouvelle génération de militer et de lutter pour une noble cause. Elle s’interrogerait avec inquiétude de l’utilité et de la finalité de la lutte.

Espérant que cette lettre attirera votre particulière attention, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de ma très haute considération.

Moïse Moni Della

Co-fondateur authentique de l’UDPS

La Rédaction

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